Prier au temps de Noël

Abraham et Marie

Apparemment il y a peu de points communs entre Abraham et Marie, entre le fondateur de la race d’Israël et sa lointaine descendante, entre le grand nomade et la jeune fille d’Israël. Et pour­tant les ressemblances sont nombreuses pour qui essaie de dépasser la trame superficielle des événements afin de saisir la signifi­cation spirituelle.

C’est la simplicité de leur physionomie qui permet à Abraham comme à Marie de se trouver au point de départ d’une immense réflexion. De même que l’histoire d’Abraham et le témoignage de sa foi sont l’objet d’un développement théologique dont nous voyons l’épanouissement dans l’épître aux Romains et l’épître aux Hébreux, de même la foi de la Vierge est, depuis deux mille ans, l’objet de la réflexion de l’Eglise et d’un véritable développement théologique conduit par l’Esprit Saint.

De même qu’Abraham contient tout le peuple d’Israël, de même Marie contient en elle l’Église, le nouveau peuple d’Israël dont elle est la mère. Cette impression générale se confirme si nous prenons pas à pas l’histoire d’Abraham et de Marie. Dieu intervient personnellement et paternellement dans la vie de l’un et de l’autre. Son appel est en même temps une promesse : non seulement un fils miraculeux est promis à l’un et à l’autre, mais encore une immense postérité spirituelle leur est annoncée. Ces promesses, ainsi renouvelées à vingt siècles d’intervalle, sont appuyées sur la même affirmation solennelle qu’à Dieu rien n’est impossible.

La réponse d’Abraham et de Marie est la même : leur foi. Abraham apprend à connaître le Dieu vivant, et son expérience nourrit tellement ses descendants que Marie accepte d’emblée que ce Dieu vivant, le Seigneur, fasse en elle des merveilles.

Leur espérance est absolue. Abraham, qui a quatre-vingt-dix-neuf ans et à qui Dieu promet un fils, a sa réplique en Marie qui n’est pas mariée et à qui Dieu fait une promesse semblable. La réponse d’Abraham au moment où Dieu lui demande de sacrifier Isaac : « Me voici », prépare la réponse de Marie : « Je suis la ser­vante du Seigneur »

La fidélité de Marie ressemble aussi à celle d’Abraham, elle est affrontée aux mêmes épreuves. Un même renoncement initial leur est imposé. À l’un et à l’autre, l’épreuve d’un temps intermi­nable est proposée. À l’un et l’autre surviennent des situations impossibles et douloureuses. À l’un et l’autre est demandé le sacrifice du fils unique, avec, pour Marie, la circonstance déchi­rante que le sacrifice sera consommé.

Abraham est le père des croyants ; Marie en est la mère. « Heureuse celle qui a cru » La foi de Marie est au terme, au som­met de la foi du peuple d’Israël, enracinée dans la foi d’Abraham. Mais en même temps, elle est au point de départ de la foi de l’É­glise. La foi d’Abraham portait sur la toute-puissance du Dieu qui vient. La foi de l’Église en la divinité de Jésus Christ a commencé de vivre dans l’âme de Marie.

Conduit par l’Esprit de Gérard Huighe