Prier en Semaine Sainte

Jour des Rameaux

Christ Dieu et homme

On se demandera peut-être avec étonnement comment le Christ notre Sauveur, étant vrai Dieu égal au Père tout-puissant, a pu connaître la tristesse, la souffrance et le chagrin. Assurément, il ne l’aurait pu si, étant Dieu, il eut été seulement Dieu, sans être en même temps homme. (…)

Mais en vérité, puisqu’il ne fut pas moins vrai homme qu’il ne fut vrai Dieu, j’estime, quant à moi, qu’il ne faut pas plus s’étonner qu’il ait éprouvé les sentiments ordinaires du genre humain (pourvu que le péché en soit absent) en tant qu’homme, que de s’étonner des miracles immenses qu’il a accomplis en tant que Dieu. (…)

Car si nous nous étonnons que le Christ éprouve peur, dégoût et chagrin, alors que, évidemment, il était Dieu, comment ne pas nous étonner tout autant qu’il ait eu faim, qu’il ait eu soif, qu’il ait dormi ? En se pliant à ces contraintes, il n’en était pas moins Dieu. (…) Toutefois, pour le moment, le Christ ne manquait pas de raisons de vouloir éprouver crainte, tristesse et chagrin. « Vouloir », dis-je, non « y être contraint ». Car qui aurait pu contraindre Dieu ? Mais cela, comme je le disais, le Christ, dans sa merveilleuse bonté, l’a voulu pour de nombreux motifs. (…)

Il vint en effet pour rendre témoignage à la vérité. Il ne manquait pas de gens qui nièrent qu’il soit vraiment homme. Afin donc de remédier à cette maladie si mortelle, notre excellent et tendre médecin voulut montrer qu’il était vraiment homme.

Thomas More 1478-1535

Jeudi Saint

La prière sur le pain et le vin

Nous savons, d’après les récits évangéliques, que le Christ a prié comme priait un juif croyant et fidèle à la Loi. Comme il le faisait avec ses parents au temps de son enfance, Jésus est monté plus tard à Jérusalem avec ses disciples, aux temps prescrits pour participer à la célébration des grandes fêtes au Temple. Avec une sainte ferveur, il a certainement chanté avec les siens les cantiques d’allégresse où débordait la joie anticipée des pèlerins : « Quelle joie quand on m’a dit : Nous irons à la maison du Seigneur ! ». Il a prononcé les antiques prières de bénédiction, comme elles le sont encore de nos jours sur le pain, le vin et les fruits de la terre ; nous en avons le témoignage par le récit du soir où, pour la dernière fois, il réunit ses disciples en vue d’accomplir l’un des devoirs religieux les plus sacrés : le solennel repas de la Pâque où l’on fait mémoire de la délivrance de l’esclavage d’Égypte. Et c’est précisément cette dernière réunion qui nous fait peut-être pénétrer le plus profondément dans la prière du Christ, et nous donne la clé pour comprendre la prière de l’Église.

La bénédiction, le partage du pain et du vin appartenaient au rite du repas pascal. Mais tous deux reçoivent ici un sens entièrement nouveau. Avec eux commence la vie de l’Église. Certes, ce n’est qu’à la Pentecôte que celle-ci apparaîtra publiquement en tant que communauté visible et comblée de l’Esprit. Mais ici, en ce repas pascal, s’accomplit la greffe des sarments sur la vigne, greffe qui rend possible l’effusion de l’Esprit. Dans la bouche du Christ, les antiques formules de bénédiction sont devenues une parole créatrice de vie. Lesfruits de la terre sont devenus sa chair et son sang, remplis de sa vie. La création visible, au sein de laquelle il a déjà pénétré par l’Incarnation, lui est maintenant unie d’une manière nouvelle, mystérieuse. Les substances qui servent à la croissance du corps humain sont radicalement transformées et, en les consommant dans la foi, les hommes aussi sont transformés : ils sont rendus participants de la vie du Christ et remplis de sa vie divine. La puissance du Verbe, créatrice de vie, est liée au sacrifice.

Le Verbe s’est fait chair pour livrer la vie qu’il a assumée ; pour offrir au Créateur en sacrifice de louange sa propre personne et la création rachetée par l’offrande qu’il fait de lui-même. Par le dernier repas du Seigneur, le repas pascal, l’ancienne Alliance est amenée à s’accomplir en l’offrande de la nouvelle Alliance : elle le fait dans le sacrifice de la croix sur le Golgotha, en chacun des repas célébrés dans la joie entre Pâques et l’Ascension au cours desquels les disciples ont reconnu le Seigneur à la fraction du pain, et dans le sacrifice de chaque messe avec la sainte communion.

« Lorsque le Seigneur prit la coupe, il rendit grâce » ; nous pouvons songer là aux paroles de bénédiction qui expriment certes une action de grâce envers le Créateur, mais nous savons aussi que le Christ avait coutume de rendre grâce chaque fois qu’avant d’accomplir un miracle, il levait les yeux vers le Père des cieux. Il rend grâce parce qu’il se sait d’avance exaucé. Il rend grâce pour la puissance divine qu’il porte en lui et par laquelle il va manifester aux yeux des hommes la toute-puissance du Créateur. Il rend grâce pourl’œuvre de Rédemption qu’il lui est donné d’opérer, et il rend grâce parcette œuvre qui est elle-même glorification du Dieu Trinité, de qui elle renouvelle en sa pure beauté l’image défigurée.

Soeur Bénédicte de la Croix- Edith Stein- Source cachée OCD

Vendredi Saint

Père, voici le cep
retranché de la terre
et le sarment jeté
au plus loin de la vigne
comme un bois desséché

Et voici le semeur
sorti de la ville
pour semer sa semence
et le grain répandu
aux pierres du chemin

Père, voici offerte
l’obole de la femme
qui met dans le Trésor
tout ce qu’elle a pour vivre
son unique nécessaire

Père, voici la Source
jaillie en plein désert
des citernes taries
le puits des eaux amères
devenu puits d’eaux vives

Père, voici le prodigue
qui rentre à la maison
sans tunique ni sandales
et qui revient vers Toi
ayant tout dépensé.

Père, voici le Serviteur
vigilant et fidèle
jusqu’à la troisième veille
et le soir qui descend
et la nuit qui le prend.

Père, voici remis
entre Tes mains le souffle
dont nul ne sait encore
ni d’où il vient
ni où il va

Père voici ton Fils 

Et voici la semence
détachée de l’épi
remise aux moissonneurs
et prête
à donner tout son fruit.

Et voici le filet
jeté
dans les eaux de la mort
et l’immense vivier
où nos vies prennent Vie ;

Père voici ton Fils 

Marguerite Léna – Extrait de Père, voici ton Fils – Une plus secrète lumière