Prier avec Thérèse d’Avila

Je ne suis pas en train de vous demander de penser à lui, ni de tirer de votre esprit quantité de grandes idées subtiles. Non, je ne vous demande que de le regarder. Car, enfin, qui vous empêche de tourner votre cœur vers ce Seigneur, ne serait-ce qu’un instant, si vous ne pouvez faire davantage ? Songez, comme il le dit à l’Épouse, qu’il n’attend rien d’autre, que nous le regardions. Et à la mesure de votre désir, vous le trouverez. Il tient tellement à ce regard qu’il fera ce qu’il faut pour nous y aider.

Vous êtes joyeuse ? Regardez-le, ressuscité : rien qu’à l’imaginer sortant du tombeau, vous serez dans l’allégresse. Quelle clarté ! Quelle beauté ! Quelle prestance ! Comme il est victorieux ! Et joyeux ! Il sort de la bataille où il a gagné un immense Royaume qu’il veut vous offrir tout entier, de même que c’est tout entier qu’il se donne à vous. Est-ce donc trop pour vous de lever parfois les yeux vers celui qui vous donne tant ?

Vous êtes dans l’épreuve, la tristesse ? Regardez-le marchant vers le jardin des Oliviers : quelle immense tristesse dans son âme ! Il le dit et s’en plaint, lui qui était l’endurance même ! ou bien regardez-le, attaché à la colonne, écrasé de douleurs, tout son corps en lambeaux tant est grand son amour pour vous ; tellement souffrant, persécuté par les uns, couvert de crachats par les autres, renié par ses amis, sans qu’aucun prenne sa défense, grelottant de froid, si seul que vous pouvez vous consoler l’un l’autre. Regardez-le chargé de la Croix, sans même pouvoir reprendre souffle. Il tournera vers vous ses yeux si beaux, si compatissants, remplis de larmes, et oubliera ses souffrances pour consoler les vôtres. Et cela, uniquement parce que vous venez chercher votre consolation près de lui et tournez la tête pour le regarder.

Le Chemin de perfection XXVI,3A,5