Mercredi des cendres

Convertissez vous, croyez à la Bonne nouvelle !

Le mercredi des cendres est le début du Carême, ces 40 jours (dimanches non compris) qui vont jusqu’au Triduum Pascal.

Nos regards se tournent vers la lumière de la Résurrection, c’est cette Bonne Nouvelle qui nous appelle.

Ce jour est marqué par l’imposition des cendres. La cendre, c’est la poussière de laquelle Dieu a tiré l’homme, c’est le signe de notre faiblesse. C’est aussi le signe de la reconnaissance de notre péché. Mais la cendre est signe d’espérance, avec elle Dieu nous recrée chaque jour. La Bonne Nouvelle pourra trouver une bonne terre dans nos cœurs si nous nous tournons vers sa tendresse et sa miséricorde.

La brûlure a cela de particulier, quand elle touche une plaie qui n’a pas été produite par le feu, de la transformer en plaie produite par le feu; c’est ce qui
arrive pour la brûlure d’amour: si l’âme qu’elle touche est déjà blessée par les plaies de ses misères et de ses péchés, ou si même elle est très saine, elle la laisse aussitôt blessée d’amour; et les plaies qui lui venaient d’une autre cause deviennent des plaies d’amour.

St Jean de la Croix – Vive Flamme 2

Antiennes ô

Les antiennes ô font références aux antiennes du Magnificat chantées avec solennité lors de l’office des Vêpres dans les 7 jours qui précèdent Noël, du 17 au 23 décembre.

Elles sont nommées ainsi car elles commencent toutes par l’interjection « O » et se termine par un « Viens Seigneur Jésus » qui reprend toute l’espérance de l’Eglise, toute l’attente de l’Avent, nous sommes au sommet de ce temps .

Elles donnent lieu à une forme originale d’énoncé des noms divins inspirés des Saintes Ecritures dans l’admirable articulation du Premier et du Nouveau Testament. Elles étaient déjà chantées ainsi au temps de Charlemagne et vers l’an 830, Amalaire de Metz faisait remarquer à propos de ces grandes antiennes que les ô marquent l’admiration et introduisent dans l’ordre de la vision et du regard, plus que dans celui de la narration et de l’exhortation (De Ordine Antiphonarii, ch. 13). L’horizon qu’elles laissent apercevoir ouvre sur une dimension eschatologique, celle de la nouvelle venue du Seigneur.

Ces antiennes inspireront bien des musiciens – notamment, Marc-Antoine Charpentier. Elles ont été l’objet, dans l’ancienne France, d’un investissement de piété populaire en des cérémonies où, dans certains villages, on pouvait faire participer les enfants.

Comme le faisait observer Dom Guéranger, « l’instant choisi pour faire entendre cet appel à la charité du Fils de Dieu est l’heure des Vêpres, parce que c’est sur le Soir du monde (vergente mundi vespere) que le Messie et venu. » On chante ces antiennes à Magnificat pour marquer que le Sauveur que nous attendons nous vient par Marie.

17 décembre

O Sapientia, quae ex ore Altissimi prodisti, attingens a fine usque ad finem, fortiter suaviter disponensque omnia : veni ad docendum nos viam prudentiae.

O Sagesse, de la bouche du Très-Haut, toi qui régis l’univers avec force et douceur, enseigne-nous le chemin de vérité : Viens, Seigneur, nous enseigner le chemin de la prudence !

18 décembre

O Adonai et dux domus Israel, qui Moysi in igne flammae rubi apparuisti, et ei in Sina legem dedisti : veni ad redimendum nos in bracchio extento.

O Adonai, chef de ton peuple Israël, tu te révèles à Moïse dans le buisson ardent et tu lui donnes la Loi sur la montagne : Viens, Seigneur, nous délivrer par la vigueur de ton bras.

19 décembre

O Radix Jesse, qui stas in signum populorum, super quem continebunt reges os suum, quem gentes deprecabuntur : veni ad liberandum nos, jam noli tardare.

O Rameau de Jessé, étendard dressé à la face des nations, les rois sont muets devant toi tandis que les peuples t’appellent : Viens, Seigneur, délivre-nous, ne tarde plus.

20 décembre

O Clavis David, et sceptrum domus Israël ; qui aperis et nemo claudit ; claudis et nemo aperit : veni et educ vinctum de domo carceris, sedentem in tenebris et umbra mortis.

O Clé de David, ô Sceptre d’Israël, tu ouvres et nul ne fermera, tu fermes et nul n’ouvrira : Viens, Seigneur, et arrache les captifs établis dans les ténèbres et la nuit de la mort.

21 décembre

O Oriens, splendor lucis aeternae, et sol iusticiae : veni, et illumina sedentes in tenebris et umbra mortis.

O Orient, splendeur de la lumière éternelle et soleil de justice : Viens, Seigneur, illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort

22 décembre

O Rex gentium, et desideratus earum, lapisque angularis, qui facis utraque unum : veni, et salva hominem, quem de limo formasti.

O Roi de l’univers, ô Désiré des nations, pierre angulaire qui joint ensemble l’un et l’autre mur : Force de l’homme pétri de limon, viens, Seigneur, viens nous sauver.

23 décembre

O Emmanuel, Rex et legifer noster, expectatio gentium, et Salvator earum : veni ad salvandum nos, Domine, Deus noster.

O Emmanuel, notre Législateur et notre Roi, espérance et salut des nations : Viens nous sauver, Seigneur, notre Dieu.

Source : article publié sur liturgie.catholique.fr par Monique Brulin, théologienne, Professeur honoraire à l’ICP

L’ Immaculée Conception

Ton enfantement, Notre-Dame, a racheté le monde alors qu’il était captif, l’a guéri alors qu’il était malade, l’a ressuscité alors qu’il était mort. Le ciel, les astres, la terre, les fleuves, le jour, la nuit et tout ce qui obéit ou sert à l’homme, se félicitent, ô Notre-Dame, d’être en quelque sorte ressuscités par toi à leur beauté perdue, et même d’être dotés d’une grâce nouvelle et ineffable. Tous, en effet, étaient comme morts, alors que, ayant perdu leur dignité naturelle d’être au pouvoir ou au service de ceux qui louent Dieu (ce pour quoi ils avaient été faits), ils étaient opprimés et dégradés par un culte idolâtrique (ce pour quoi ils n’avaient pas été faits). Étant tous comme ressuscités, ce sont les mêmes qui, à présent, se réjouissent alors qu’ils sont soumis au pouvoir et embellis par le service des adorateurs de Dieu. Et même, par une grâce nouvelle et ineffable, ils ont comme exulté alors que c’est Dieu lui-même, leur Créateur, qu’ils ont non plus seulement perçu comme étant au-dessus d’eux et les gouvernant invisiblement, mais qu’ils ont vu comme étant parmi eux, les sanctifiant visiblement en s’en servant. Or, c’est par le fruit béni du sein béni de Marie, elle-même bénie, que ces biens si grands sont venus au monde. Mais pourquoi me contenter de dire, ô Notre-Dame, que de tes bienfaits le monde est rempli ? Ils vont jusqu’à pénétrer les enfers, jusqu’à surpasser les cieux. Par la plénitude de ta grâce, les êtres qui étaient dans les enfers se réjouissent d’être libérés, et ceux qui sont au-dessus du monde, d’être restaurés. Car c’est par le même Fils glorieux de ta glorieuse virginité, que tous les justes disparus avant sa mort vivifiante exultent de voir la fin de leur captivité, et que les anges se félicitent du relèvement de leur cité à moitié détruite. O Femme pleine et plus que pleine de grâce, de ta plénitude surabondamment répandue toute la création est rajeunie. Ô Vierge bénie et plus que bénie, par ta bénédiction toute nature est bénie, non seulement la nature créée par le Créateur,
mais le Créateur par la créature !
Dieu a donné à Marie son propre Fils, ce Fils égal à lui-même, l’unique engendré de son cœur qu’il aimait comme lui-même, et de Marie, il s’est fait un Fils, non pas un autre, mais absolument le même, de telle sorte qu’il soit par nature un seul et même Fils commun de Dieu et de Marie. Toute nature a été créée par Dieu, et Dieu est né de Marie, Dieu a tout créé, et Marie a engendré Dieu. Dieu, qui a tout fait, s’est fait lui-même de Marie, et ainsi, il a refait tout ce qu’il avait fait. Celui qui a pu tout faire à partir du néant n’a voulu refaire sa création profanée qu’en devenant d’abord Fils de Marie. Dieu est donc le Père des choses créées, et Marie, la Mère des choses recréées. Dieu est donc le Père de l’établissement de tout, et Marie, la Mère du rétablissement de tout. Dieu, en effet, a engendré celui par qui tout a été fait, et Marie a enfant celui par qui tout a été sauvé. Dieu a engendré celui sans qui absolument rien n’existe, et Marie a enfanté celui sans qui absolument rien n’existe bien. O vraiment, «le Seigneur est avec toi», car le Seigneur t’a donné que toute nature te doive tant, à toi avec lui.

Prière de St Anselme

Le temps de l’Avent

Le temps de l’Attente

Ce temps s’ouvre le 4ème dimanche avant Noël. C’est la période durant laquelle nous nous préparons à accueillir le mystère de l’Incarnation : Dieu fait Homme, célébré à Noël.

Alors que nous venons de terminer une année liturgique avec le Christ Roi, l’Avent nous rappelle aussi que nous attendons le retour du Christ. En nous faisant faire mémoire de la première venue du Christ, l’Avent tourne nos prières vers sa venue en gloire.

Avec Marie et Jean Baptiste

Les deux grandes figures que la liturgie nous propose sont Marie, qui a mis totalement sa confiance en Dieu et qui est en attente de la naissance de son Fils, et Jean le Baptiste, qui rassemble tous les prophètes de la première Alliance, qui attendaient l’accomplissement de la promesse.

Ces deux figures du Nouveau Testament dialoguent avec les grandes figures de l’histoire sainte : la venue du Christ en est le point focal.

L’Assomption de la Vierge Marie

Si l’œil n’a point vu, si l’oreille n’a point entendu, si le cœur de l’homme n’a point connu dans ses aspirations ce que le Seigneur a préparé à ceux qui l’aiment, qui pourrait dire ce qu’il a préparé à celle qui l’a enfanté, et, ce qui ne peut être douteux pour personne, qui l’aime plus que tous les hommes ?

Saint Bernard

Que fêtons-nous ? (extraits du site de la CEF)

Malgré la discrétion des Évangiles, les premiers chrétiens n’ont pas mis longtemps à réfléchir à la place de Marie dans leur foi. Ils ont rapidement voulu célébrer ses derniers moments, comme ils le faisaient pour honorer leurs saints. À cause du caractère unique de sa coopération, une croyance se répand : son « endormissement » – sa Dormition – consiste en réalité en son élévation, corps et âme, au ciel par Dieu.

En 1950, le pape Pie XII estime utile de proposer une définition plus précise : « La Vierge immaculée, préservée par Dieu de toute atteinte de la faute originelle, ayant accompli le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire du ciel, et exaltée par le Seigneur comme la Reine de l’univers, pour être ainsi plus entièrement conforme à son Fils, Seigneur des seigneurs, victorieux du péché et de la mort ». La définition fait partie des dogmes de l’Église.

La liturgie de l’Assomption célèbre Marie comme la « transfigurée » : elle est auprès de Lui avec son corps glorieux et pas seulement avec son âme ; en elle, le Christ confirme sa propre victoire sur la mort.

Marie réalise ainsi le but pour lequel Dieu a créé et sauvé les hommes. En la fêtant, les croyants contemplent le gage de leur propre destin, s’ils font le choix de s’unir à leur tour au Christ.

Cette contemplation renforce enfin la confiance dans l’intercession de Marie : la voilà toute disponible pour « guider et soutenir l’espérance de ton peuple qui est encore en chemin » (préface). Ils aiment alors demander à Dieu : « Fais que, nous demeurions attentifs aux choses d’en-haut pour obtenir de partager sa gloire » (collecte).

Les orthodoxes fêtent aussi en ce jour la Dormition de Marie

Fête du Corps et du Sang du Christ -le Saint Sacrement

Extrait de l’homélie du Pape François pour cette fête en 2021.

Pour célébrer l’Eucharistie il faut reconnaître avant tout notre propre soif de Dieu : sentir que nous avons besoin de lui, désirer sa présence et son amour, être conscients que nous ne pouvons pas y arriver tout seuls mais que nous avons besoin d’une Nourriture et d’une Boisson de vie éternelle qui nous soutiennent sur le chemin. Le Seigneur peut alors se révéler comme Celui qui donne la vie nouvelle, qui nourrit d’une espérance fiable nos rêves et nos aspirations, présence d’amour qui donne sens et direction à notre pèlerinage terrestre. C’est la soif de Dieu qui nous porte à l’autel. S’il manque la soif, nos célébrations deviennent arides.

Dieu se fait petit comme un morceau de pain et c’est précisément pour cela qu’il faut un cœur grand pour pouvoir le reconnaître, l’adorer, l’accueillir. La présence de Dieu est si humble, cachée, parfois invisible, qu’elle a besoin d’un cœur préparé, éveillé et accueillant pour être reconnue. Par contre si notre cœur, plus qu’une grande salle, ressemble à un placard où nous gardons avec regret les vieilles choses ; s’il ressemble à un grenier où nous avons rangé depuis longtemps notre enthousiasme et nos rêves; s’il ressemble à une pièce étroite, une pièce sombre parce que nous ne vivons que de nous-mêmes, de nos problèmes et de nos amertumes, alors il sera impossible de reconnaître cette présence de Dieu, silencieuse et humble. Il faut une grande salle. Il faut élargir notre cœur. Il faut sortir de la petite pièce de notre moi et entrer dans le grand espace de l’émerveillement et de l’adoration. Telle est l’attitude devant l’Eucharistie, c’est de cela dont nous avons besoin : d’adoration. L’Église aussi doit être aussi une grande salle. Pas un petit cercle fermé, mais une Communauté avec les bras grands ouverts, accueillante envers tous. Demandons-nous ceci : quand approche quelqu’un qui est blessé, qui s’est trompé, qui a un parcours de vie différent, l’Eglise, cette Eglise, est-elle une grande salle pour l’accueillir et le conduire à la joie de la rencontre avec le Christ ? L’Eucharistie veut nourrir ceux qui sont fatigués et affamés sur le chemin, ne l’oublions pas ! L’Eglise des parfaits et des purs est une salle où il n’y a de place pour personne ; l’Eglise aux portes ouvertes, qui fait la fête autour du Christ, est par contre une grande salle où tout le monde – tous, justes et pécheurs – peut entrer.

Jésus qui rompt le Pain. C’est le geste eucharistique par excellence, le geste identitaire de notre foi, le lieu de notre rencontre avec le Seigneur qui s’offre pour nous faire renaître à une vie nouvelle. Ce geste aussi est bouleversant : jusqu’alors on immolait des agneaux et on les offrait en sacrifice à Dieu, maintenant c’est Jésus qui se fait agneau et s’immole pour nous donner la vie. Dans l’Eucharistie, nous contemplons et adorons le Dieu de l’amour. C’est le Seigneur qui ne rompt personne mais qui se rompt lui-même. C’est le Seigneur qui n’exige pas de sacrifices mais qui se sacrifie lui-même. C’est le Seigneur qui ne demande rien mais qui donne tout. Pour célébrer et vivre l’Eucharistie, nous aussi nous sommes appelés à vivre cet amour. Car tu ne peux pas rompre le Pain du dimanche si ton cœur est fermé à tes frères. Tu ne peux pas manger ce Pain si tu ne donnes pas le pain à l’affamé. Tu ne peux pas partager ce Pain si tu ne partages pas les souffrances de celui qui est dans le besoin. A la fin de tout, même de nos liturgies eucharistiques solennelles, seul l’amour restera. Et dès maintenant, nos Eucharisties transforment le monde dans la mesure où nous nous laissons transformer et devenons pain rompu pour les autres.

Devenons une Eglise avec la cruche en main, qui réveille la soif et apporte de l’eau. Ouvrons grand notre cœur dans l’amour, pour être la salle spacieuse et accueillante où tous peuvent entrer pour rencontrer le Seigneur. Rompons notre vie dans la compassion et la solidarité, afin que le monde voie à travers nous la grandeur de l’amour de Dieu. Et alors le Seigneur viendra, il nous surprendra encore, il se fera encore nourriture pour la vie du monde. Et il nous rassasiera pour toujours, jusqu’au jour où, au banquet du Ciel, nous contemplerons son visage et nous nous réjouirons sans fin.

Le Sacré Coeur

Quelques extraits de Dilexit nos du Pape François



1. « Il nous a aimés » dit saint Paul, en parlant du Christ (Rm 8, 37), nous faisant découvrir que rien « ne pourra nous séparer » (Rm 8, 39) de son amour. Il l’affirme avec certitude car le Christ l’a dit lui-même à ses disciples : « Je vous ai aimés » (Jn 15, 9.12). Il a dit aussi : « Je vous appelle amis » (Jn 15, 15). Son cœur ouvert nous précède et nous attend inconditionnellement, sans exiger de préalable pour nous aimer et nous offrir son amitié : « Il nous a aimés le premier » (1 Jn 4, 19). Grâce à Jésus, « nous avons reconnu l’amour que Dieu a pour nous et nous y avons cru » (1 Jn 4, 16). 

28. Ce n’est qu’à partir du cœur que nos communautés parviendront à unir leurs intelligences et leurs volontés, et à les pacifier pour que l’Esprit nous guide en tant que réseau de frères ; car la pacification est aussi une tâche du cœur. Le Cœur du Christ est extase, il est sortie, il est don, il est rencontre. En Lui, nous devenons capables de relations saines et heureuses les uns avec les autres et de construire le Royaume de l’amour et de la justice dans ce monde. Notre cœur uni à celui du Christ est capable de ce miracle social.

31. En définitive, le Sacré-Cœur est le principe unificateur de la réalité, car « le Christ est le cœur du monde ; sa Pâque de mort et de résurrection est le centre de l’histoire qui, grâce à Lui, est histoire de salut ». [25] Toutes les créatures « avancent, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu, dans une plénitude transcendante où le Christ ressuscité embrasse et illumine tout ». [26] Devant le Cœur du Christ, je demande au Seigneur d’avoir à nouveau compassion pour cette terre blessée qu’Il a voulu habiter comme l’un de nous. Qu’Il répande les trésors de sa lumière et de son amour, afin que notre monde, qui survit au milieu des guerres, des déséquilibres socioéconomiques, du consumérisme et de l’utilisation antihumaine de la technologie, puisse retrouver ce qui est le plus important et le plus nécessaire : le cœur.

Discours d’Adieu du Christ

La deuxième partie de l’évangile de St Jean (ch 13-21) commence à la dernière Cène pour se terminer avec les apparitions du Ressuscité. Sa plus grande partie se compose d’un discours de Jésus, prononcé après la dernière Cène, discours qui prépare ses disciples à sa mort prochaine. Prenons le temps de relire la grande prière de Jésus

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean – chapitre 17

Ainsi parla Jésus. Puis il leva les yeux au ciel et dit : « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie. Ainsi, comme tu lui as donné pouvoir sur tout être de chair, il donnera la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés.
Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ.
Moi, je t’ai glorifié sur la terre en accomplissant l’œuvre que tu m’avais donnée à faire.
Et maintenant, glorifie-moi auprès de toi, Père, de la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe.
J’ai manifesté ton nom aux hommes que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole.
Maintenant, ils ont reconnu que tout ce que tu m’as donné vient de toi, car je leur ai donné les paroles que tu m’avais données : ils les ont reçues, ils ont vraiment reconnu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m’as envoyé.
Moi, je prie pour eux ; ce n’est pas pour le monde que je prie, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont à toi.
Tout ce qui est à moi est à toi, et ce qui est à toi est à moi ; et je suis glorifié en eux.

Désormais, je ne suis plus dans le monde ; eux, ils sont dans le monde, et moi, je viens vers toi. Père saint, garde-les unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.

Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie.

Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés.

Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde.
Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais.
Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde.
Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité.
De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.
Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité.
Je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi.

Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN : moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.

Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.

Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé.
Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

Les lamentations

Les Lamentations : un chant de deuil ou de repentir ?

Les Lamentations, chantées au début des offices de vigiles du lundi au mercredi saint, sont en quelque sorte le correspondant des « chants du Serviteur » d’Isaïe qui scandent les célébrations eucharistiques de la Semaine sainte. Ceux-ci rappellent la figure du Juste souffrant, figure qui se révèle et se déploie au fur et à mesure des jours saints et trouve son accomplissement dans le Christ. C’est en célébrant le mystère du Christ, serviteur souffrant, que l’Église peut, au nom de l’humanité, dire la souffrance du pécheur quand il prend conscience de son infidélité. Si les chants du Serviteur offrent à la méditation de l’Église la seule figure du juste, de l’Élu de Dieu souffrant et s’offrant pour le salut de tous , les Lamentations mettent en abîme « l’homme frappé par Dieu » et la dévastation de Jérusalem, ultime conséquence de son infidélité à Dieu. L’unité, le lien établi entre Jérusalem, la ville dévastée, et l’homme souffrant manifeste la solidarité de ces deux destins. Les Lamentations ont pour objet la faillite de l’alliance et ses conséquences que vient racheter le juste, dont Jérémie est une figure exemplaire, leur but est de retourner à Dieu cette souffrance sous forme de prière. Cette faillite de l’alliance n’exclut pas pour autant, paradoxalement, sa permanence. Ceci est manifeste dans le fait même que la prière reste possible.

Enfin la mise en œuvre de ces textes dans la liturgie, alliant sobriété et beauté sans excès de pathos est, plus que dénonciation de la violence, affirmation paradoxale de la vie.

Les « Leçons de Ténèbres », pièces musicales pour l’office des ténèbres de la semaine sainte, autre nom de l’office commençant par le chant des lamentations ont donné lieu à de nombreuses reprises musicales à toutes les époques.

Samedi saint


Benoit XVI, 2 mai 2010 – Méditation devant le St Suaire de Turin

Le Samedi Saint est le jour où Dieu est caché, comme on le lit dans une ancienne Homélie:  « Que se passe-t-il? Aujourd’hui, un grand silence enveloppe la terre. Un grand silence et un grand calme. Un grand silence parce que le Roi dort… Dieu s’est endormi dans la chair, et il réveille ceux qui étaient dans les enfers » (Homélie pour le Samedi Saint, PG 43, 439). Dans le Credo, nous professons que Jésus Christ « a été crucifié sous Ponce Pilate, est mort et a été enseveli, est descendu aux enfers. Le troisième jour est ressuscité des morts ».

Le mystère le plus obscur de la foi est dans le même temps le signe le plus lumineux d’une espérance qui ne connaît pas de limite. Le Samedi Saint est une « terre qui n’appartient à personne » entre la mort et la résurrection, mais dans cette « terre qui n’appartient à personne » est entré l’Un, l’Unique qui l’a traversée avec les signes de sa Passion pour l’homme:  « Passio Christi. Passio hominis« .

Dans ce « temps-au-delà-du temps », Jésus Christ « est descendu aux enfers ». Que signifie cette expression? Elle signifie que Dieu, s’étant fait homme, est arrivé au point d’entrer dans la solitude extrême et absolue de l’homme, où n’arrive aucun rayon d’amour, où règne l’abandon total sans aucune parole de réconfort:  « les enfers ». Jésus Christ, demeurant dans la mort, a franchi la porte de cette ultime solitude pour nous guider également à la franchir avec Lui. Nous avons tous parfois ressenti une terrible sensation d’abandon, et ce qui nous fait le plus peur dans la mort, est précisément cela, comme des enfants, nous avons peur de rester seuls dans l’obscurité, et seule la présence d’une personne qui nous aime peut nous rassurer. Voilà, c’est précisément ce qui est arrivé le jour du Samedi Saint:  dans le royaume de la mort a retenti la voix de Dieu. L’impensable a eu lieu:  c’est-à-dire que l’Amour a pénétré « dans les enfers »:  dans l’obscurité extrême de la solitude humaine la plus absolue également, nous pouvons écouter une voix qui nous appelle et trouver une main qui nous prend et nous conduit au dehors. L’être humain vit pour le fait qu’il est aimé et qu’il peut aimer; et si dans l’espace de la mort également, a pénétré l’amour, alors là aussi est arrivée la vie. A l’heure de la solitude extrême, nous ne serons jamais seuls:  « Passio Christi. Passio hominis« .

Tel est le mystère du Samedi Saint! Précisément de là, de l’obscurité de la mort du Fils de Dieu est apparue la lumière d’une espérance nouvelle:  la lumière de la Résurrection.